Gouvernance & conformité

AI Act : depuis août 2026, la transparence n’est plus un sujet pour plus tard.

Cédric Bonetti 5 min de lecture

Les nouvelles obligations de transparence sont applicables et doivent être traduites en règles simples dans les usages réels.

Le 2 août 2026 est passé.

Pour l’AI Act, ce n’est pas juste une date de plus dans un calendrier réglementaire.

Depuis cette date, de nouvelles exigences de transparence de l’article 50 s’appliquent. Elles ne visent pas tous les usages ni tous les contenus IA. Selon les cas, certains systèmes doivent informer les personnes qu’elles interagissent avec une IA, les fournisseurs doivent rendre certains contenus générés ou manipulés détectables dans un format lisible par machine, et les déployeurs ont des obligations spécifiques notamment pour les hypertrucages, certains systèmes biométriques et certains textes d’intérêt public. (Commission européenne)

Le problème, pour une entreprise, n’est pas de connaître par cœur l’article 50.

Le problème est de savoir où placer les panneaux.

Sur un circuit, le drapeau doit être visible au bon moment

La réglementation automobile adore les procédures.

Mais sur la piste, le pilote n’a pas besoin de lire trente pages pour comprendre un drapeau jaune.

Le signal arrive au moment où il sert.

Pour la transparence IA, je trouve cette logique beaucoup plus utile qu’une grande politique interne que personne n’ouvre.

Si un client échange avec un agent conversationnel, faut-il l’informer ?

Si une image est générée artificiellement, comment doit-elle être signalée ?

Si un contenu éditorial est fortement modifié par IA, dans quel cas une mention est-elle nécessaire ?

Si un collaborateur utilise un assistant en interne pour préparer une synthèse, est-on dans la même situation ?

Ce sont ces questions qu’il faut cartographier.

Tout usage de l’IA n’a pas la même obligation

Le danger, quand une réglementation arrive, c’est de réagir avec une règle globale.

« Il faut mettre une mention IA partout. »

Ou l’inverse :

« Nous utilisons juste un outil, donc ça ne nous concerne pas. »

Les lignes directrices publiées le 20 juillet 2026 servent justement à préciser le champ des obligations de transparence.

Le règlement suit une logique par type de risque et par usage.

Autrement dit, la bonne question n’est pas seulement : utilisez-vous de l’IA ?

Il faut regarder ce que fait le système, avec qui il interagit et ce qui est produit.

Faites une carte de vos usages

Je commencerais très simplement.

Prenez les usages IA déjà présents dans l’entreprise et classez-les.

Usage interne sans interaction avec le public

Exemple : aide à la rédaction, analyse de documents, synthèse interne.

Interaction avec une personne externe

Exemple : chatbot, agent de support, assistant commercial.

Production de contenus

Texte, image, audio, vidéo ou autre contenu destiné à être diffusé. Là encore, il faut regarder la catégorie exacte : l’article 50 ne crée pas une obligation générale d’étiqueter tout contenu assisté par IA.

Décision ou recommandation sensible

Un système qui influence une personne, un recrutement, un crédit, un droit ou une situation importante. Ici, on sort souvent du seul sujet de la transparence de l’article 50. D’autres règles de l’AI Act, du RGPD et du droit de la non-discrimination peuvent s’appliquer.

Vous n’avez pas encore fait votre analyse juridique complète.

Mais vous avez déjà arrêté de conduire dans le brouillard.

La transparence doit être conçue avec le service

Une mauvaise transparence est souvent techniquement conforme mais humainement inutile.

Un petit texte gris de huit lignes au fond d’une interface n’aide personne.

Une fenêtre qui bloque chaque action non plus.

Le bon signal doit être clair, compréhensible et placé là où l’utilisateur peut réellement en tenir compte.

C’est un problème de conception autant qu’un problème juridique.

Sur une voiture, un voyant moteur placé dans le coffre serait parfaitement réel.

Il serait juste parfaitement inutile.

Ce qui change aussi pour les contenus

L’Union européenne a publié en 2026 un code de bonnes pratiques sur le marquage et l’étiquetage des contenus générés par IA.

L’objectif est d’aider à appliquer les obligations de transparence sur les contenus concernés sans transformer toute utilisation de l’IA en étiquette obligatoire.

Pour les entreprises qui produisent beaucoup de contenu, ce n’est pas un petit sujet.

Marketing.

Communication.

Support.

Réseaux sociaux.

Visuels.

Vidéos.

Documents diffusés au public.

Le bon réflexe est de définir maintenant une règle interne : quels contenus entrent réellement dans le champ, qui décide qu’une mention est nécessaire, sous quelle forme et où cette décision est enregistrée. Pour un texte d’intérêt public, par exemple, l’existence d’une revue humaine ou d’un contrôle éditorial change l’analyse prévue par l’article 50.

La conformité ne devrait pas arriver après le développement

Le scénario classique est connu.

On construit.

On teste.

On lance.

Puis quelqu’un demande :

« Au fait, niveau RGPD et AI Act, on est bons ? »

C’est l’équivalent de concevoir la voiture puis de vérifier après la course si les freins respectaient le règlement.

Pour un outil IA qui interagit avec des clients ou produit du contenu, la transparence doit faire partie du cahier des charges.

Elle n’est pas une étiquette ajoutée à la fin.

Une règle simple pour commencer

Je retiendrais quatre questions pour chaque usage IA :

  1. Qui interagit avec le système ?
  2. Que produit-il ou modifie-t-il ?
  3. La personne peut-elle raisonnablement croire qu’elle échange avec un humain ou qu’un contenu est authentique ?
  4. Quel signal de transparence est nécessaire dans ce contexte ?

Ensuite seulement, on regarde les obligations précises et on les documente.

L’AI Act est vaste.

Mais la première étape opérationnelle peut tenir sur une feuille.

Identifier les usages.

Repérer ceux qui nécessitent un signal.

Placer ce signal au bon endroit.

Puis garder la trace.

Sur une piste, personne n’attend l’accident pour décider où mettre les drapeaux.

Pour l’IA non plus.

Sources vérifiées

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