Gouvernance & conformité

Former à l’IA ne veut plus dire faire une démonstration de ChatGPT pendant deux heures.

Cédric Bonetti 4 min de lecture

L’AI Act maintient une obligation de développer la maîtrise de l’IA, mais la formation utile doit être proportionnée aux rôles et aux risques.

Depuis le début du mois d’août 2026, la surveillance et l’application des règles de maîtrise de l’IA sont devenues opérationnelles.

L’obligation elle-même s’applique depuis février 2025. Après la modification entrée en vigueur à la mi-juillet 2026, les fournisseurs et déployeurs doivent toujours prendre des mesures pour soutenir le développement de la maîtrise de l’IA de leur personnel. La Commission européenne précise désormais qu’aucun niveau spécifique ou « suffisant » n’est imposé uniformément à toutes les entreprises.

C’est plutôt une bonne nouvelle.

Parce qu’une formation IA identique pour tout le monde aurait peu de sens.

On ne forme pas tout le stand au même métier

Dans une équipe de course, le mécanicien, le pilote, l’ingénieur stratégie et la personne qui gère les pneumatiques n’ont pas besoin du même niveau de connaissance.

Ils doivent comprendre suffisamment le système pour faire leur travail, prendre de bonnes décisions et ne pas créer un risque.

Pour l’IA, c’est pareil.

Un salarié qui utilise un assistant pour reformuler des mails n’a pas exactement les mêmes besoins qu’une personne qui construit des workflows automatisés.

Un manager qui valide des recommandations doit comprendre les limites du système.

Une équipe informatique qui connecte un agent au CRM doit maîtriser les accès, les logs, les données et les erreurs possibles.

Former « à l’IA » sans regarder les rôles revient à faire le même briefing à tout le paddock.

La première compétence est de savoir quand ne pas déléguer

On parle beaucoup de prompts.

C’est utile.

Mais la compétence la plus intéressante est souvent en amont.

Est-ce que cette tâche mérite d’être confiée à l’IA ?

Quelle information puis-je transmettre ?

Qu’est-ce qui doit être vérifié ?

Quel type d’erreur serait acceptable ?

Quel type d’erreur serait grave ?

À quel moment dois-je reprendre la main ?

Une personne qui sait écrire un prompt magnifique mais qui colle un contrat confidentiel dans le mauvais outil n’est pas « compétente en IA ».

Elle est juste rapide.

Construire une matrice plutôt qu’un catalogue de cours

Pour une PME, je partirais de trois colonnes.

Niveau 1 : utilisateur

La personne utilise des fonctions IA existantes.

Elle doit comprendre :

Niveau 2 : référent métier

La personne conçoit des usages, partage des méthodes ou supervise des processus.

Elle doit en plus comprendre :

Niveau 3 : constructeur ou administrateur

La personne connecte des outils, configure des agents ou automatise des actions.

Elle doit également maîtriser :

Vous venez de transformer une « formation IA » abstraite en parcours lié au travail réel.

La Commission publie déjà des exemples

Le Bureau européen de l’IA a mis en ligne un répertoire de plus de 40 pratiques de maîtrise de l’IA.

Il ne donne pas un modèle unique à copier.

C’est justement l’intérêt.

On y trouve des formations en ligne, des ateliers, des bootcamps et des démarches différentes selon les organisations.

La Commission précise d’ailleurs que copier une pratique du répertoire ne donne pas automatiquement une présomption de conformité.

Autrement dit : le sujet n’est pas de cocher une case.

Il faut pouvoir expliquer pourquoi votre dispositif est adapté aux gens qui utilisent réellement les systèmes, à leur contexte et aux risques des usages concernés.

Former par le projet

Je trouve qu’une des meilleures façons d’apprendre l’IA est de travailler sur une vraie tâche.

Prenez un processus du quotidien.

Par exemple, la préparation d’un compte rendu.

Demandez à l’équipe de construire une méthode avec l’IA.

Puis faites-la tester.

On regarde les erreurs.

On parle des données envoyées.

On définit ce qui doit rester humain.

On améliore le prompt ou l’outil.

On mesure le temps gagné.

En deux heures, vous avez appris beaucoup plus qu’en regardant cinquante fonctions défiler sur un écran.

C’est un peu comme apprendre une trajectoire.

On peut regarder le plan du circuit.

À un moment, il faut prendre le virage.

La maîtrise de l’IA est une compétence collective

Une entreprise ne sera pas « AI literate » parce que trois passionnés utilisent les derniers modèles.

Elle le sera quand les règles utiles seront connues.

Quand les nouveaux arrivants sauront quoi faire.

Quand les managers sauront challenger un résultat.

Quand les personnes qui construisent les outils comprendront les risques.

Quand quelqu’un pourra dire « là, on arrête » sans avoir l’impression de ralentir l’innovation.

La réglementation pousse dans cette direction.

Je trouve que le terrain aussi.

Le but n’est pas que tout le monde devienne ingénieur IA.

Le but est que chacun sache conduire ce qu’on lui met entre les mains.

Sources vérifiées

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